L’éradication de la Variole : mythe et réalité autour de ce vaccin

Confondant tous les vaccins, cet exemple est souvent cité par les provaccins pour associer dans les esprits que la Vaccination massive (avec un grand «V») est une panacée (pensez – donc ! l’éradication d’une maladie mortelle très contagieuse aux complications courantes horribles).  Et pourtant rien de plus faux… Sans remettre en cause la vaccination, qui doit être discutée vaccin par vaccin, on démonte ici un argument bancal pourtant cité par nombreux professionnels de santé. A notre grand désespoir !

L'éradication de la variole : mythe et réalité.

L’amalgame récurrent

Le 27 septembre dernier, notre association Terre de Santé participait à la réunion de travail sur la seconde édition de la campagne de vaccination au Gardasil, afin d’encadrer les aspects scientifiques et la communication entreprise par l’Agence Sanitaire et Sociale de Nouvelle-Calédonie (ASS-NC).

Lors du débat sur ce vaccin en particulier, un médecin diligenté par l’ASS-NC a sorti l’exemple de l’éradication de la variole grâce à la vaccination massive obligatoire pour impressionner son auditoire, et renforcer l’importance de la vaccination de manière générale.

Voilà une stratégie de communication basée sur l’amalgame, déjà bien ancré dans les mentalités dès que l’on parle de la Vaccination, qui s’abstient de faire le distinguo entre les différents vaccins, présentant pourtant chacun des bénéfices et risques qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. C’est un peu comme si je vous parlais des médicaments de manière générale, en vous vantant leurs bienfaits, sans faire de différence entre du paracétamol et le redoutable Médiator ! Alors oui, c’est un peu de provoc, mais l’idée est bien là !

Manque de bol pour le médecin en question, mais coup de chance pour l’auditoire non informé, votre serviteur, qui avait déjà étudié de près la question, a anéanti promptement cette sortie avec les arguments de la deuxième partie de l’article.

Plus récemment encore, le 23 de ce mois, un article des Nouvelles Calédoniennes intitulé « la vaccination est un acte civique» nous martelait à travers la voix du docteur Sansonetti la même rengaine (voir l’article en pièce jointe ici) :

«Grâce à la vaccination, certaines maladies ont disparu. Mais les bactéries, microbes et virus à l’origine de ces maladies ont-ils été éradiqués pour autant ?” Questionne la journaliste au docteur Sansonetti. Celui répond que “Non, seule la variole a été éradiquée. S’il est indispensable de protéger les enfants contre la rougeole, la diphtérie, la coqueluche etc., c’est parce que, dès qu’on baisse la garde, ces maladies reviennent. Ainsi, de 2008 à 2015, à cause d’une moindre couverture vaccinale, on a connu en France une épidémie de rougeole. Dix enfants, des nourrissons non encore vaccinés et des jeunes pas vaccinés, en sont morts.»

Notez au passage en gras les 3 associations, sans réels liens de cause à effet, qui incitent pourtant le lecteur à retenir : vaccination = éradication d’épidémie.

C’en était trop, Terre de Santé se devait de réagir !

Variole + vaccin = Succès ? Pas si sûr

Que nous dit par ailleurs le sacro-saint Wikipédia en introduction de son article sur la variole : «Elle a été totalement éradiquée le 26 octobre 1977 , grâce à une campagne de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) combinant des campagnes de vaccination massive, dès 1958, avec une « stratégie de surveillance et d’endiguement », mise en œuvre à partir de 1967».

Là aussi, une approche rapide fera retenir : vaccination massive = éradication.

Il faut dire que officiellement l’OMS reste aussi sur sa position de 1971 [1] dans un document de présentation sur son site :

« La variole a tellement reculé sous l’effet de la vaccination qu’il est difficile aujourd’hui de concevoir qu’elle est de loin la plus sérieuse des maladies transmissible que l’homme ait connues. Jadis aussi fréquente que la rougeole, elle était mortelle dans 20 à 40% des cas et des conséquences sérieuse pour beaucoup de survivants».

Pourtant, un examen historique précis qui tient en deux extraits porte à croire que le rôle de la vaccination n’a pas été aussi déterminant que ça…

Échec de la vaccination de masse

Premièrement, quelques années plus tard, dans son Rapport final de 1979 intitulé “L’éradication mondiale de la variole”, [2] l’OMS nous éclaire sur les succès et les échecs de cette vaccination.

Ainsi, à la page 32 du rapport, au paragraphe 8.2.4 intitulé “succès et échecs” (à télécharger  ici), l’OMS précise que :

«les campagnes d’éradication reposant entièrement ou essentiellement sur la vaccination de masse furent couronnées de succès dans quelques pays mais échouèrent dans la plupart des cas».

Dans le détail, le rapport montre que dans un peu moins de la moitié des pays la vaccination massive semblait freiner la progression du virus, mais dans les autre pays…tintin!

Qui plus est, l’OMS prévient en page 11 de ce même rapport que «la vaccination peut entraîner des complications graves, parfois même mortelles». (Paragraphe 2.2. Recommandations: politique pour la période postérieure à l’éradication)

“Surveillance-endiguement”: la vraie raison du succès de l’éradication

Deuxièmement, le porte-parole de l’OMS (pas n’importe qui donc) vendit un peu plus la mèche lorsque le dernier cas de variole fut recensé en Ethiopie.

F.J. TOMICHE, signa un grand article sur cette aventure dans le journal Le Monde (21/12/1977) où il dit [3] :

« Sur le plan stratégique, l’abandon de la vaccination de masse en faveur de l’approche dite de «surveillance Endiguement» revêtit une importance capitale.Elle résulta de deux observations. La première était que même dans des populations vaccinées à 90 % on pouvait assister à des flambées épidémiques. La seconde était qu’avec ce type d’approche,  on parvenait à faire échec à la transmission, même lorsque l’incidence variolique était élevée et les taux d’immunisation faible. La méthode consiste en la prompte détection de nouveaux cas, suivie de mesures d’endiguement immédiates, c’est-à-dire la recherche de tous les contacts possibles et leur isolement afin d’arrêter la transmission. Cela est possible en raison de la facilité avec laquelle on décèle la présence de la variole et au fait que la transmission ne peut plus se poursuivre dès qu’un malade n’a pas l’occasion de contaminer une autre personne ».

Je traduis : seulement suite à la compréhension de la maladie et de la possibilité d’en détecter les symptômes chez un malade bien avant qu’il devienne contagieux, on a pu enrayer sa progression en isolant simplement les malades. Et cela marchait évidemment même alors que les taux d’immunisation (naturelle ou provoquée par le vaccin) étaient faibles. Tout bête!

Cela n’avait pourtant pas empêché auparavant les pontes de l’OMS de rehausser les objectifs de vaccination des populations de 80 à 100% (!!) malgré les risques connus et l’impossibilité pratique de cet objectif. Quand on songe à la proportion qu’ont pris les labos et leurs lobbys depuis cette époque, cela laisse rêveur…

Alors, merci qui ? La vaccination massive ou l’intelligence clinique du personnel médical? En tout cas pas tous ces organismes de manipulation…

La ligne rouge à ne pas franchir

Terre de Santé n’est PAS une association anti-vaccin, qu’on soit clair sur ce point. La vaccination est un acte médical important. Important dans le sens qu’il implique un investissement personnel, avec des risques et des bénéfices pour la santé, qui doivent être discutés objectivement à la lumière des avancées scientifiques, de l’épidémiologie locale, des populations à risque, etc.

Sans remettre en question cet acte médical, parfois utilisé abusivement dans nos contrées du Pacifique, il est capital de battre en brèche les idées reçues et les “on- dit” sur cette question.

L’argument de la variole pour justifier l’intérêt global de la vaccination est nul est non avenu. Le message est clair.


Notes et références

[1] p.2 du rapport «la Variole» par le Dr Donald A. Henderson WHO/SE/71.28 (en PDF ici)

[2] «l’éradication mondiale de la Variole» Rapport final de la Commission mondiale pour la Certification de l’Éradication de la variole, genève, décembre 1979, 8.2.4 p 32

[3] La variole vaincu. LE MONDE | 21.12.1977 à 00h00 • Mis à jour le 21.12.1977 à 00h00 | F.-J. TOMICHE (en PDF ici)

3 Commentaires

  1. benoit

    Bonjour,

    Article très clair concernant la variole ! la vaccination de masse était clairement inutile avec tous les risques qu’elle comprends.

    Puisque vous n’êtes pas anti vaccin (comme si c’était grave…) quel vaccin pour vous est important ?

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    1. Terre de Santé (Auteur de l'article)

      Bonjour Benoit et merci pour le commentaire ! Délicate question que la votre puisque le sujet est dense et que le nombre de vaccin est important ! En tout état de cause, nous allons prochainement répondre à votre question dans des articles détaillés, et sourcés, vaccin par vaccin, en fonction de l’épidémiologie locale, de l’efficacité des vaccins, des effets secondaires et des populations à risques. En gros, les vaccins les plus important serait ceux qui ont fait montre d’une bonne efficacité, avec peu d’effets secondaires graves, et qui touchent principalement des populations cibles bien précises (pour éviter les abus d’utilisation). Nous reviendrons sur cette importante question !

      Répondre
    2. Terre de Santé (Auteur de l'article)

      Re Benoit,

      Voilà notre avis en ce qui concerne le BCG:

      http://terredesante.nc/medicaments/les-vaccins/faut-lever-obligation-vaccin-bcg-nouvelle-caledonie-naissance/

      Nos avis sur les autres vaccins suivront !

      A bientôt

      Répondre

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