Faut-il lever l’obligation du BCG à la naissance ?

Le vaccin BCG est obligatoire à la naissance en Nouvelle-Calédonie. Pourtant, l’analyse minutieuse des données épidémiologiques calédonienne de nos agences sanitaires, et de la littérature scientifique nous invite à remettre en question cette vaccination systématique. Nous avons confronter nos données avec les critères officiels et rigoureux de l’Organisation Mondiale de la Santé, et selon elle, nous devrions en Nouvelle-Calédonie remettre aujourd’hui en question le caractère obligatoire de cet acte médical. Nous fournissons toutes nos recommandations pour ne pas se jeter dans le vide, et réaliser une transition transparente et efficace avec un suivi renforcée des malades dans les zones les plus à risque.


À LIRE IMPORTANT : Avant de lire cet article, nous vous recommandons fortement de lire notre introduction si vous ne l’avez pas déjà fait pour comprendre la démarche, les objectifs et le sens de ces questionnements sur le calendrier vaccinal calédonien !

A LIRE ICI


Dans cet article, le débat porte la vaccination contre la tuberculose avec le bacille de Calmette et Guérin (BCG), le seul vaccin actuellement disponible. Tous les nouveau-nés doivent obligatoirement être vaccinés en Calédonie. Est-ce une mesure pleinement justifiée ?

Mais avant toute chose, quelle est la situation calédonienne à propos de la tuberculose ?

La tuberculose en Nouvelle-Calédonie: définition, incidence et épidémiologie

Qu’est-ce que la tuberculose ? Qui sont les victimes ?

Selon l’Inserm, l’institut national de la santé et de la recherche médicale, la tuberculose est « une maladie infectieuse due à la bactérie Mycobacterium tuberculosis, aussi nommée bacille de Koch« .

Cette maladie touche principalement les poumons, on parle dans ce cas d’une tuberculose pulmonaire. Toujours selon l’Inserm, « dans environ 90% des cas, les personnes infectées par le bacille de Koch ne développent pas la maladie. Le bacille peut rester « dormant » dans leur organisme durant des années. Ils sont alors asymptomatiques et ne sont pas contagieux. On parle alors de tuberculose latente ».

D’après Phillipe Pépin et François Tuffreau, chargés d’étude sur ce sujet en Ile-de-France, « la maladie est plus fréquente chez les personnes âgées, dans les populations en extrême précarité comme les personnes sans domicile fixe ou vivant dans des conditions insalubres, chez les personnes incarcérées et chez les migrants en provenance de pays à forte endémie.« 

Les deux experts rajoutent que les populations migrantes sont les plus vulnérables, car elles cumulent des « infections latentes » ainsi que des « conditions de vie défavorables« .

Comment attrape-t-on la tuberculose ?

Selon la journaliste Virgine Belle et le docteur Claudina Michal-Teiltelbaum, « la transmission nécessite habituellement des contacts prolongés en milieu confiné, par exemple vivre dans le même logement que la personne contagieuse« , rajoutant que la transmission de la maladie va dépendre « du degré de contagiosité ainsi que de la durée du contact« .

Toujours d’après le Dr Michal-Teitelbaum, être au contact d’un tuberculeux n’est pas forcément synonyme d’être soi-même infecté. Ainsi, selon le docteur, « ces conditions expliquent que toutes les personnes en contact avec un cas de tuberculose ne sont pas systématiquement infectées: environ 30% des personnes très exposées à un cas de tuberculose contagieuse sont infectées« .


Les points essentiels à retenir dans cette partie:

  1. La Nouvelle-Calédonie est compétente en matière de santé, elle établit son propre calendrier vaccinal

  2. Ce sont les élus du Congrès qui votre les obligations vaccinales

  3. Les autorités de santé calédonienne sont conseillées par un collège d’experts inconnus

  4. Le vaccin BCG contre la tuberculose est obligatoire à la naissance pour tout le monde

  5. Dans 90% des cas, les personnes infectées par la tuberculose ne développeront pas de maladie

  6. La transmission de la maladie doit se faire par un contact prolongé et fréquent avec un malade hautement contagieux

  7. Les personnes les plus vulnérables sont les immunodéprimés, les SDF, les personnes vivants dans des conditions insalubres ou qui souffrent de malnutrition.


Incidence de la maladie en Nouvelle-Calédonie, dans le Pacifique et dans le monde

Les seuls documents à notre disposition sont fournis officiellement par la DASS et l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie (IPNC). Dans l’ouvrage de la DASS, intitulé « Situation Sanitaire en Nouvelle-Calédonie 2014« , et du rapport d’activité 2015 de l’IPNC, nous pouvons nous faire une idée de l’état de la situation.

Ainsi, en 2014, l’incidence de la maladie était de 8,9 cas pour 100.000 habitants pour l’ensemble du territoire (selon le rapport d’activité 2015 de l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie). Une incidence plus faible que les 10 dernières années (17,7; 16; 19; 24,2; 24,4; 20; 19,6; 21,6; 21,5; 21,5). En revanche, l’incidence de la maladie est fortement contrastée au sein des provinces. La province nord enregistrait la plus forte incidence avec 27 cas pour 100.000 habitants, tandis que l’incidence était de 8 cas pour 100 000 en province sud et de 0 pour la province des îles (aucun cas).

Selon la DASS, même si la situation est jugée « plutôt favorable grâce au programme mis en place depuis 1992, le taux d’incidence reste plus élevé que celui des pays industrialisés« .

Nous avons voulu vérifier ce dernier point avec les données de la Banque Mondial sur la tuberculose pour l’année 2014 (de 8.9 pour 100.000 habitants selon l’IPNC). Ainsi, plusieurs pays industrialisés possèdent des incidences de la tuberculose supérieure à la nôtre, avec notamment l’Espagne (12), le Royaume-Uni (12), le Japon (18), ou bien le Portugal avec une incidence de 24 cas pour 100.000 habitants.

D’autres pays industrialisés, toujours en Europe, possèdent des incidences très proches de la nôtre comme la Belgique (9), la France (8) ou bien nos voisins australiens et néo-zélandais avec une incidence de la tuberculose de 8 et 7 cas pour 100.000 habitants, respectivement. Globalement, pour l’année 2014, la Nouvelle-Calédonie ne possède pas une incidence de la tuberculose « plus élevée que celui des pays industrialisés », comme l’affirme la DASS. Toutefois, ce point est à relativiser avec les derniers chiffres de la tuberculose fournis par l’IPNC en 2015, et une incidence pour le territoire qui augmente de nouveau, à 19,3 cas pour 100.000 habitants.

Petit zoom sur la région d’Ile-de-France, la plus touchée en France

Selon deux experts ayant travaillé sur ce sujet, les taux d’incidence de la tuberculose sont variables selon les régions. Ainsi, la ville de Paris compte 28 cas pour 100.000 habitants et 30 cas pour 100 000 habitants en Seine-Saint-Denis. Des taux très élevés, surtout en comparaison avec les provinces néo-calédoniennes faiblement touchées. Globalement, dans la région Ile-de-France, c’est environ 18 cas pour 100.000 habitants.

Retour en Calédonie, et selon les données de la DASS, l’incidence de la maladie reste la plus élevée en Province Nord. Les décès imputables à la maladie touchent « de façon exclusive« , selon les termes de l’agence, les populations mélanésienne, wallisienne et vietnamienne. Aucun décès n’est enregistré chez les Européens, les tahitiens, et les vanuatais. La Province des Îles et du Sud sont les moins touchées par la tuberculose.

D’après les données du rapport d’activité de l’Agence Sanitaire et Sociale (ASS-NC), la tuberculose aurait été responsable de 4 décès en 2012, avec une moyenne de 2 décès par ans depuis les années 2000.

La DASS identifie cinq communes qui jouissent malheureusement des taux d’incidence de la tuberculose les plus élevés, et cela depuis de nombreuses années. Ces communes sont :

  • Belep,
  • Ponérihouen,
  • Hienghène,
  • Houaïlou et
  • Kaala-Gomen

Au niveau du taux de mortalité, selon les données officielles transmises par l’OMS, il est pour la tuberculose de 1 pour 100.000 habitants en 2014.

Une autre information importante nous est fournie par la DASS, c’est l’évolution des ED+/C+, qui représente les cas positifs à examen direct dans les sécrétions en provenance des poumons, confirmés par un frottis (les crachats notamment). Les ED+/C+ sont les cas les plus contagieux de la tuberculose, les cibles prioritaires des programmes de santé publique, et notamment de l’Organisation Mondiale de la Santé.

Or, l’évolution des ED+/C+ observe une tendance à la baisse comme le démontrent les graphiques fournis par la DASS. Ainsi, l’incidence était de

  • 4,8 en 2011,
  • 5,1 en 2012,
  • 3,1 en 2013
  • 3,7 en 2014.

(illustration: évolution des ED+ selon le derniers rapport de la DASS sur la tuberculose de l’année 2014)

Nous n’avons pas les données pour l’année 2015, ni 2016.

La DASS rajoute dans son document, que « l’Union Internationale Contre la Tuberculose et les Maladies Respiratoires considère qu’un taux d’incidence annuel moyen des ED+ sur les 3 dernières années inférieur à 5/100 000 est l’un des critères à prendre en compte avant d’envisager la suppression de la vaccination systématique par le BCG« .

Les critères de l’OMS

L’OMS possède une vision légèrement différente. Sa position officielle1 sur la tuberculose et le BCG nous indique que « pour passer d’une vaccination générale par le BCG à une vaccination sélective, il faut qu’un système efficace de notification soit en place en complément des critères suivants:

un taux annuel moyen de notification des cas de tuberculose pulmonaire à frottis positif situé au-dessous de 5 pour 100 000; ou

un taux annuel moyen de notification des cas de méningite tuberculeuse chez l’enfant de moins de cinq ans situé au-dessous de 1 pour 10 millions d’habitants au cours des cinq années précédentes; ou

un risque annuel moyen d’infection tuberculeuse situé au-dessous de 0,1%. « 

Si le premier point semble être atteint depuis au moins 2011, nous n’avons aucune idée de la réalité des chiffres en Nouvelle-Calédonie pour les deux points suivants, à savoir l’incidence des méningites tuberculeuses chez les moins de 5 ans et le risque annuel moyen d’infection par la tuberculose. Des chiffres qui n’apparaissent pas explicitement sur les documents de l’IPNC et de la DASS, avec les différentes tranches d’âges.

Quoi qu’il en soit, nous avons pu nous procurer sur la toile l’interview de trois responsables de la vaccination au sein de la DASS. Dans cette courte interview, nous apprenons que le BCG est justifié en Nouvelle-Calédonie, car « ici les gens vivent en tribu« . Ainsi, selon le Dr Pfannstiel, « il y a de la promiscuité: c’est d’autant plus important de les vacciner« . Pourtant, d’après les chiffres du dernier Atlas de la Nouvelle-Calédonie sur les caractéristiques de la population calédonienne, seulement 23% de la population vivraient en tribu, rappelant que plus de deux tiers de la population vit dans le Grand Nouméa, en Province Sud, qui est plus faiblement touché par la tuberculose.

Il est difficile d’interpréter correctement les propos du Dr Pfannstiel. Est-ce que le docteur parle bien des gens vivant en tribu qui doivent être vaccinés ? Si oui, nous parlons donc bien de 23% de la population uniquement. Or, l’obligation vaccinale touche tout le monde, la province sud et des îles qui ont une incidence faible, ainsi que les communautés vanuataises, tahitiennes et européennes qui ne déplorent aucun cas de décès.

De nombreuses interrogations…

Est-ce que nos autorités vaccinent avec le BCG à la naissance pour contrôler et tenter d’endiguer la tuberculose ? C’est une question centrale.

Selon un document de la DASS (disponible ici), ils nous indiquent à propos de la tuberculose que « sa prévention nécessite le traitement précoce des patients contagieux ; la vaccination (BCG) est obligatoire à la naissance en Nouvelle-Calédonie (une seule injection, quelles que soient les IDR ultérieures) : en effet, ce vaccin est surtout efficace pour éviter les formes graves du nourrisson (méningite, miliaire). »

Le BCG serait donc, selon ce texte, principalement employé pour lutter contre les formes graves de la tuberculose chez le nourrisson (les tuberculoses méningés et miliaires).

En tout état de cause, depuis au moins 2011, l’obligation vaccinale par le BCG de tous les nourrissons aurait du faire l’objet d’une discussion selon le premier critère officiel de l’OMS sur les cas d’ED+/C+


Les points essentiels à retenir de cette partie:

  1. La tuberculose possède une incidence moyenne en Calédonie (de l’ordre de 9 pour 100.000 habitats en 2014, avec une incidence supérieure estimée à 19 pour l’année 2015)

  2. Les seules victimes de la tuberculose sont les Mélanésiens, les vietnamiens et les wallisiens (selon la DASS)

  3. Les principales communes touchées se trouvent en Province Nord, elles sont au nombre de 5 (Belep, Ponérihouen, Hienghène, Houaïlou et Kaala-Gomen)

  4. Depuis 2011, les crachats positifs en examen direct (ED+/C+) qui représentent les formes les plus contagieuses sont en dessous de 5 pour 100.000 habitants, un critère majeur pour la levée de l’obligation selon l’OMS (à l’exception près de 2012 à seulement 5.1/100000 et en attente des résultats pour 2015).

  5. Des informations majeures ne sont pas à disposition du grand public, des décideurs politiques et des élus du Congrès: l’incidence des tuberculoses méningées et disséminées chez l’enfant, ainsi que…

  6. Le risque annuel moyen d’être infecté par la tuberculose. Nos autorités disposent-elles de ces chiffres ? Si oui, la société civile doit y avoir accès

  7. officiellement, nos autorités sanitaires justifient notamment l’obligation du vaccin pour toute la population, car « certains vivent en tribu« , or 76% de la population ne vit pas en tribu.


BCG: le vaccin contre la tuberculose obligatoire pour les nourrissons

Dès la naissance, tous les nouveau-nés doivent recevoir le fameux bacille Calmette et Guérin (BCG), le seul vaccin actuellement disponible contre la tuberculose pulmonaire. En réalité, le BCG ne protégerait pas uniquement contre la tuberculose, mais également contre les formes graves qui peuvent toucher, plutôt rarement, les jeunes enfants (la tuberculose méningée et disséminée).

Toutefois, l’efficacité du vaccin pour limiter l’incidence de la tuberculose est loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique. L’OMS et l’Inserm le reconnaissent également.

Ainsi, selon l’Inserm, si le BCG « protège efficacement les jeunes enfants des formes graves de la maladie« , il ne protège « pas complètement, et pas suffisamment longtemps les adolescents et les jeunes adultes, rajoutant que 85% des décès attribuables à la tuberculose frappent cette population« .

L’OMS nous indique très officiellement dans une position sur le BCG que ce vaccin est dans « l’impossibilité de modifier l’incidence de la maladie« . L’avis de l’OMS rejoint celui de l’Inserm, détaillant que « le vaccin BCG a un effet protecteur attesté contre la méningite tuberculeuse et la tuberculose disséminée chez l’enfant. Il ne permet pas de prévenir la primo-infection et, surtout, n’empêche pas la réactivation d’une infection pulmonaire latente, qui constitue la principale source de propagation du bacille dans la communauté. L’impact de la vaccination par le BCG sur la transmission de M. tuberculosis est par conséquent limité. »

Si l’OMS juge le vaccin « sûr et facile à adapter aux programmes nationaux« , l’organisation reste néanmoins critique et nous indique que « malheureusement, ce vaccin ne satisfait pas entièrement à l’exigence première, qui est d’avoir un effet contre la manifestation la plus courante de la tuberculose, à savoir la tuberculose pulmonaire« . Dont acte.

Nous nous retrouvons en tout état de cause avec un vaccin jugé inefficace chez les adolescents et les adultes contre la tuberculose, mais qui trouverait un intérêt dans la prévention des formes graves qui peuvent toucher l’enfant.

L’intérêt du BCG pour les formes graves (méningées et disséminées)

Voilà le coeur du débat. A priori, nos autorités sanitaires calédoniennes justifieraient donc l’utilisation du vaccin pour protéger l’ensemble des nouveau-nés des formes graves de cette maladie. Selon les données scientifiques, il est établi que le vaccin est plutôt efficace contre ces formes graves. Cette efficacité n’est toutefois pas complète. L’étude la plus récente et la plus complète sur ce sujet nous indique une efficacité du vaccin contre les tuberculoses méningées et miliaires de l’ordre de 85%2 (variant de 69 à 92%). Les auteurs concluent à l’intérêt d’une vaccination à la naissance dans les pays développés uniquement.

Est-ce que la majorité des nourrissons nés en Nouvelle-Calédonie ont un risque élevé d’être en contact rapproché et de longues durées avec un tuberculeux hautement contagieux, justifiant une mesure sanitaire d’urgence par cette obligation vaccinale ? Ne peut-ont pas se limiter à une vaccination recommandée avec l’information nécessaire aux parents ?

Cette question mérite d’être posée, car pour rappel, la DASS recensait 10 personnes hautement contagieuses en 2014, pour l’ensemble du territoire. Un chiffre qui doit être relativisé tout de même, par une possible sous-notification des cas.

Si la majorité des enfants nés en Nouvelle-Calédonie se trouvent dans de bonnes conditions d’hygiène et de vie, avec une alimentation adaptée, sans présenter de risque d’être en contact prolongé avec un tuberculeux contagieux, résidant essentiellement dans le Grand Nouméa, faut-il contraindre l’ensemble des enfants à se faire vacciner ?

On peut se poser la question, car le BCG, bien qu’il soit sûr, possède tout de même des effets secondaires relatifs à l’utilisation de n’importe quel vaccin (syncope, choc anaphylactique), mais également d’une suppuration épidermique ou la fameuse bécégite.

On peut toutefois trouver des éléments de réponse de l’arrêt de la vaccination systématique du nourrisson et l’incidence des méningites tuberculeuses ailleurs dans le monde, notamment dans les pays qui ont abandonné les programmes systématiques de vaccination avec le BCG.

Le cas de l’Allemagne entre 1975 et 1980

D’après un document écrit par la rédaction de la revue Prescrire, un journal médical indépendant et jugé de qualité par la communauté scientifique, nous avons des informations plus précises sur l’évolution des cas de méningite tuberculeuse avant et après la vaccination obligatoire par le BCG3.

Ainsi, en 1975, la République fédérale d’Allemagne (RFA) a choisi d’arrêter la vaccination systématique par le BCG. À la suite de cet arrêt, en 5 ans, 57 cas de méningites tuberculeuses ont été notifiés, soit 11 cas par an pour une population de 61 millions d’habitants. En comparaison, la République démocratique allemande (RDA) n’a pas changé sa politique vaccinale sur le BCG (systématique chez les nourrissons) et n’a connu aucun cas de méningite tuberculeuse durant la même période.

Ces informations importantes nous indiquent que l’arrêt de la vaccination systématique à cette époque en RFA aurait entraîné l’apparition d’au moins 11 cas de méningites tuberculeuses chez une population de 61 millions d’habitants par an. À cette époque, il est également important de noter que l’incidence de la tuberculose était de 65 cas pour 100.000 habitants, très élevés donc, avec des conditions sanitaires plus que discutables. Pourtant le taux de notification des méningites tuberculeuses était pour la période des 5 années de 1,9 cas pour 10 millions d’habitants.

Selon les critères de l’OMS, nous sommes à l’époque, et malgré les conditions de vie que l’on peut imaginer en RDA, proche du fameux seuil d’un cas pour 10 millions d’habitants malgré l’absence d’une vaccination systématique au BCG.

Un exemple éclairant en Chine

Toujours selon le document de la revue Prescrire, nous apprenons qu’une région rurale chinoise de près de 500.000 habitants (donc plus proche du niveau de la population calédonienne) n’a pas observé d’augmentation du nombre de tuberculoses méningées durant 7 ans, à la suite de l’arrêt de la vaccination systématique des nouveau-nés par le BCG4.

À la lumière de ces quelques éléments, tout porterait à croire que la Nouvelle-Calédonie, un pays développé avec un système de santé performant, ne succomberait pas sous les méningites tuberculeuses à la suite d’un éventuel arrêt de la vaccination systématique.

Aucun cas de méningites tuberculeuses chez l’enfant depuis 2001…

Et justement, avons-nous en Nouvelle-Calédonie des cas de méningites tuberculeuses chez des enfants ? Selon nos informations, la DASS ne livre pas cette information dans les documents téléchargeables et accessibles au public. Soit les données sont absentes des registres officiels à disposition du public, soit il n’y a eu tout simplement aucun cas depuis de nombreuses années. Selon les retours que nous avons pu avoir de professionnels de santé, ainsi que du registre détaillé des causes de décès en 2007, il semblerait qu’il n’y ait pas eu de méningites tuberculeuses depuis longtemps. Le dernier rapport de la DASS pour l’année 2015 n’indique aucun cas de méningites tuberculeuses chez l’enfant de moins de 5 ans depuis les années 2000.

En réalité, nous avons réussi à obtenir l’incidence des tuberculoses méningés chez les enfants de moins de 5 ans depuis les années 2000 par un cadre de la DASS. Selon ce responsable, il y aurait eu un seul cas en 2001, puis aucun cas jusqu’à aujourd’hui.

Sans aucun cas à déplorer depuis 2001, la 2ème condition émise par l’OMS au sujet des cas de méningites tuberculeuses chez les enfants de moins de 5 ans (dont l’incidence doit être inférieur à 1 cas pour 10 millions d’habitants sur les 5 dernière années) est également remplie et invite, avec précaution bien sûr, à remettre en cause une vaccination systématique des nouveau-nés avec le BCG.


Les points essentiels de cette partie:

  1. Le vaccin BCG n’est pas efficace pour lutter contre la forme la plus courante de la tuberculose (pulmonaire)

  2. Le BCG aurait une efficacité comprise entre 69 et 92% contre les tuberculoses méningées et disséminées chez l’enfant

  3. Lorsque les conditions sanitaires sont réunies, l’arrêt de la vaccination systématique avec le BCG ne semble pas entraîner une augmentation des cas de méningites tuberculeuses

  4. Depuis 2001, il n’y a pas eu un seul cas de méningites tuberculeuses chez l’enfant de moins de 5 ans.


Nos conclusions et nos recommandations pour les autorités sanitaires et les élus de la Nouvelle-Calédonie

Manifestement, des données importantes sont manquantes et doivent impérativement être mises à disposition de la société civile et des élus locaux pour avoir un tableau complet de la situation néo-calédonienne avec la tuberculose.

La situation sanitaire de la Nouvelle-Calédonie est telle qu’une majorité de la population, et des enfants qui y naissent sont selon toute vraisemblance dans de bonnes conditions sanitaires, d’hygiène et d’alimentation. Ces familles-là ne résident pas dans des zones où règne la promiscuité, en tribu par exemple, ce qui semble être un argument de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales pour justifier la vaccination.

La DASS a vraisemblablement réussi à identifier à la fois les personnes et les zones à risques.

Ainsi, et selon les critères officiels de l’OMS, nous proposons l’ensemble de ces recommandations et renforcement :

  • une levée de l’obligation vaccinale assortie d’une ;

  • forte recommandation du vaccin pour les nourrissons dont les parents fréquentes et/ou sont originaires des communes à risque ;

  • forte recommandation de vacciner les enfants qui pourraient être en contact prolongé avec un parent, un ami, un membre de la famille hautement contagieux ;

  • forte recommandation de vacciner les enfants vivants dans ces régions à risque.

Nous proposons également de recréer un lien étroit entre les malades et les centres de soin, avec le renforcement des mesures existantes:

  • un suivi et une campagne de sensibilisation plus marquée dans les communes identifiées à risques, chez les populations à risque, et principalement en visant la province nord ;

  • le suivi de l’état des méningites tuberculeuses ;

  • un suivi sérieux des malades pour éviter le moindre « perdu de vue » ;

  • augmenter le nombre d’agents de santé communautaire (un seul actuellement pour toute la province nord selon l’Agence Sanitaire et Sociale) dans les zones concernées pour suivre efficacement les cas, et veiller au suivi du traitement ;

  • une amélioration du programme stratégique de l’Agence Sanitaire et Social (et de l’OMS) pour guérir tous les malades ED+/C+, qui est la priorité de l’agence, pour rappel.

Parallèlement à l’ensemble de ces mesures:

  • Les populations dans les zones à risques doivent être sensibilisées pour détecter les cas les plus contagieux (ED+/C+) et les orienter vers des centres de santé adaptée ;

  • La vaccination doit rester fortement recommandée pour les familles vivant dans des conditions insalubres, et dans des zones ou l’incidence de la tuberculose est élevée ;

  • Une sensibilisation à l’alimentation saine doit être réalisée pour éviter la malnutrition, un facteur aggravant de la maladie. Notamment les carences vitamines et particulièrement la B9, en magnésium, fer, oméga 3… Cette campagne vis-à-vis des femmes enceintes est essentielle pour la prévention de bien d’autres maladies des futurs enfants. Nous espérons y revenir dans un futur article.

En Nouvelle-Calédonie, les conditions semblent réunies pour remettre en question cette obligation vaccinale qui touche l’ensemble des nouveau-nés. La majeur partie de la population se trouve dans une zone géographique de faible incidence de la tuberculose (8 cas pour 100.000). Depuis 2001, aucun cas sévère de méningites tuberculeuses chez l’enfant n’a été notifié, et les tuberculeux les plus contagieux (ED+/C+) se trouvent en dessous de 5 cas pour 100.000, remplissant ainsi deux conditions de l’OMS qui invite à la remise en question de la vaccination systématique des nouveau-nés avec le BCG.

Sans justification plus complète et transparente de la part de nos autorités sanitaires, c’est le devoir des citoyens et des élus d’obtenir ces informations.

De plus, au niveau de la disponibilité du vaccin, il est à noter que malgré l’obligation en cour, ce vaccin a été pendant plusieurs mois en rupture de stock, y compris dans les maternités. À l’heure actuelle et depuis 6 mois environ, seules les PMI et maternités disposent de ce vaccin. Cela fait donc plus d’un an et demi qu’il est indisponible dans les pharmacies et il semble que cela ne soit pas prêt de changer. Cela pose évidemment le problème de l’accès au soin, et assure actuellement de facto un monopole de ce soin aux centres publics excluant tous les libéraux et notamment les médecins de famille auxquels les familles restent très attachées.


Références

1. Position de l’OMS (Relevé épidémiologique hebdomadaire – 23 JANUARY 2004, 79th YEAR / 23 JANVIER 2004, 79e ANNÉE No. 4, 2004, 79, 25–40 http://www.who.int/wer)

2. Mangtani, P., Abubakar, I., Ariti, C., Beynon, R., Pimpin, L., Fine, P. E., … & Sterne, J. A. (2014). Protection by BCG vaccine against tuberculosis: a systematic review of randomized controlled trials. Clinical infectious diseases58(4), 470-480.

3. Wasz-Hockert, O., Genz, H., Landmann, H., & Ocklitz, H. W. (1988). Influence de la vaccination des nouveau-nés par le BCG sur l’incidence des méningites tuberculeuses post-primaires chez l’enfant. Bulletin de l’Union Internationale contre la Tuberculose, 63(4), 52-54.

4. Zhang, L. X., Tu, D. H., He, G. X., Ma, Z. Q., Nagelkerke, N. J., Borgdorff, M. W., … & Broekmans, J. F. (2000). Risk of tuberculosis infection and tuberculous meningitis after discontinuation of Bacillus Calmette–Guerin in Beijing. American journal of respiratory and critical care medicine, 162(4), 1314-1317.

2 Commentaires

  1. gaston

    Merci pour cette analyse rigoureuse, fort documentée
    Sauf erreur le vaccin BCG n’est plus obligatoire en France depuis 2007
    A taux d’incidence similaire France et NC, un débat public, transparent, sur son abandon en NC aurait du avoir lieu. Il n’est pas trop tard.
    Mais pour débattre, il faut être au moins deux et que la parole soit libre..
    J’espère que votre initiative, à faire connaitre largement, permettra de réouvrir ce dossier : la santé publique est l’affaire de TOUS

    Répondre
    1. Terre de Santé (Auteur de l'article)

      Merci Gaston. Vous avez raison pour le BCG en France. Il est à noter que le taux d’incidence de la tuberculose aurait regrimper en 2015, mais les autres valeurs sensibles (méningites tuberculeuses et ED+/C+) semblent en dessous des valeurs admises par l’OMS pour remettre en question une vaccination systématique.

      N’hésitez pas à partager l’article ! Au plaisir

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *